Le Secours populaire très actif
Voilà 3 ans que le Secours populaire propose aux plus démunis un goûter amélioré concocté par les bénévoles. L'occasion également pour les bénéficiaires de repartir avec un colis alimentaire, des produits d'hygiène, des vêtements d'hiver ou des duvets. « Tous les ans, on marque Noël et Pâques avec ce genre de collation » note Jacky, bénévole au Secours populaire. « Sinon, on est là, sur les basses promenades, tous les jours sauf le week-end, de 15 à 17 heures, de novembre à fin avril. » Le but : « Créer un espace de convivialité pour que les gens puissent se rencontrer, parler, ou ne rien dire » insiste Jacky. « Nous ne sommes pas là pour remplacer les structures d'accueil. Nous voulons juste montrer qu'on existe et leur dire qu'eux aussi existent. » Pendant deux heures, les bénévoles — 4/5 par jour, une vingtaine au total — offrent café et collation à ceux qui sont dans la rue. Mais pas seulement. « Tout le monde peut venir. L'idée n'est pas de donner une saucisse, mais de rassembler les gens et les orienter vers les structures. » La plupart des bénéficiaires vivent dans la rue, dans des squats, dans des structures d'accueil. « Ce sont des gens dans la précarité, ou seuls. » L'an dernier, Jacky a compté 4.000 visites pour 107 jours de présence.
TROIS heures de l'après-midi hier. Le camion du Secours populaire s'arrête sur les basses promenades.
À son bord, une poignée de bénévoles prêts à donner, une nouvelle fois, deux heures de leur temps pour aider les plus démunis. Pendant que les uns installent tartes, pâtés, fruits… d'autres servent thé et café. Une autre bénévole, bonnet de Noël sur la tête et mug en fer à la main, en appelle à la générosité des passants. Petit à petit, des hommes et des femmes s'approchent. Certains timidement. D'autres sont des habitués. On retrouve des amis, des connaissances. L'ambiance est bon enfant, conviviale, chaleureuse, malgré le temps glacial.
Témoignages :Mickaël, Raphaël... la galère au quotidien
Parmi eux, Mickaël, 26 ans. La galère, il connaît. Il a passé 6 ans dans la rue. Aujourd'hui, il vit chez sa sœur, à Reims. Mais n'en oublie pas pour autant les bonnes âmes du Secours populaire et ses anciens amis.
« Je viens ici pour les voir, et passer un peu de temps avec eux. Se changer les idées voir les potes »
Il a fréquenté les foyers — l'Armée du Salut — et « les bungalows, à 4 dedans ». Les adresses, il les connaît toutes. Mais jure qu'il n'ira jamais plus. « C'est trop dégoûtant. Je préfère encore une toile de tente. » Sans oublier son passage par un squat, rue de Courcelles. « On y vivait à 20 au moins. Mais maintenant, tout est rebouché. » Mickaël reconnaît que la Croix rouge et le Secours populaire lui apportent un soutien psychologique important. « Ils aident les gens dans la merde. Ozanam aussi dépanne beaucoup. » Mais regrette que les aides aient été si frileuses dans sa situation : « Quand vous sortez de prison, on vous laisse à la rue ».
Deux mètres plus loin, gobelet de café à la main, Raphaël. Il tient à tirer son chapeau au Secours populaire : « C'est super ce qu'ils font ». Une vraie bouffée d'oxygène pour lui, qui vit depuis 5 ans dans une cave aménagée avenue de Laon. Un squat — qu'il partage avec un ami et son chat Tomy — équipé d'un petit coin eau, d'un chauffage et d'un matelas. Toujours mieux que la rue. « Et que les foyers », selon lui. « Là-bas, c'est la galère. Il y a des règles, on a l'impression d'être assistés. Mais on n'est pas des parasites ! On veut notre indépendance, faire notre vie. » Malgré tout, Raphaël accepte d'être « suivi » : « Je vois une assistante sociale, et les services judiciaires ». Il se paie un peu de nourriture et des cigarettes grâce à son RMI. L'après-midi, souvent, il vient ici « pour le goûter, pour prendre des forces, se changer les idées, voir les potes ». Le midi, c'est repas à Ozanam. Et le soir… « on se débrouille ». Il joint les deux bouts en dégotant quelques contrats en intérim. « Mais la maçonnerie, l'hiver, c'est grillé. Il faut attendre les beaux jours… » Quant à l'espoir d'avoir un jour un appart'… « J'aimerais bien, mais ils demandent un tas de papiers que je ne peux pas fournir. Vous savez, c'est dur. » Ce ne sont pas Jean-Claude et Roger qui le contrediront. Eux vivent dans un hôtel, rue Thiers. Ils louent chacun une petite chambre pour 450€ par mois. « Pas de frigo, pas de machine à laver, des fins de mois difficiles. » Mais au moins, « on ne dort pas dehors ».
Reportage de Marion DARDARD (l' Union) |